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Né en 1755 à Saint-Céneri (Orne), Conté se
découvre, avant sa dix-huitième année, une vocation de dessinateur et de peintre
portraitiste, disciple de Greuze qu'il assiste au Louvre. Il utilise pour crayon
le charbon du foyer et fabrique lui-même ses couleurs. Il réalise de nombreux
portraits pour une clientèle aristocratique, parmi laquelle des membres de la
famille royale. Carrière que la Révolution vient interrompre. L'artiste
prometteur se tourne alors vers les sciences et plus particulièrement, la
mécanique, la physique et la chimie.
En 1793, le Comité de Salut public l'appelle au
sein d'une commission de savants chargée de perfectionner le gonflement des
ballons pour l'aérostation militaire. Une école aérostatique est créée à
Meudon, près de Paris, dont la direction lui est confiée. Il invente des vernis
imperméables et une méthode de préparation de l'hydrogène. Blessé par
une explosion de gaz lors d'une expérience qui lui coûtera l'oeil gauche, il est
nommé chef de brigade d'infanterie, commandant en chef de tous les corps
d'aérostiers. Il participe, à la même époque, à la création du Conservatoire des
arts et métiers.
La guerre va lui donner l'occasion d'exercer à
nouveau ses talents d'homme de science. Les blocus économiques ont parfois des
effets positifs. Celui imposé à la France par les Anglais depuis 1792 engendre
une pénurie de graphite du Cumberland. Ce minerai utilisé depuis 1564 pour
fabriquer les mines confère au Royaume-Uni un monopole. Au XVIIe siècle, le
graphite se vendait dans la rue et les acheteurs étaient surtout les artistes
qui inséraient ces bâtons dans des étuis en bois. En Angleterre, la mine servait
au dessin et non à l'écriture. En Allemagne, la poudre de graphite était
mélangée à de la colle ou du soufre mais formait un produit de qualité médiocre.
A nouveau convoqué devant le Comité de Salut
public en mars 1794, Conté est sommé par Carnot d'inventer une mine de crayon
dont la matière première serait extraite du sol français. Il élabore la
plombagine artificielle, un substitut au graphite anglais en mélangeant dans un
peu d'eau le minerai avec de l'argile. La pâte est ensuite filée, cuite et
insérée dans du bois de cèdre. Et on peut, selon le degré de mélange et la
cuisson, définir la dureté des crayons (H pour hard ou dur, B pour
black ou noir, HB...).
En inventant le crayon à mine artificielle, le
fameux crayon à papier - nommé «croion» en 1309, «créon» en 1528, «crayon» en
1704, avec pour origine le mot «craye» -, Nicolas Jacques Conté vient de
révolutionner le monde de l'écriture. Le 3 janvier 1795, il dépose le brevet
numéro 32 ainsi formulé «L'argile bien pure, c'est-à-dire celle qui contient le
moins de terre calcaire, de silice, etc., est la matière que j'emploie pour
donner de l'agrégation et de la solidité à toutes sortes de crayons. On sait
qu'elle a la propriété de diminuer de volume et de se durcir en raison directe
des degrés de chaleur qu'elle éprouve.» Pour exploiter son invention, il fonde
une fabrique de crayons sous son nom - toujours en activité aujourd'hui et
toujours selon le même procédé.
En 1798, la première exposition industrielle
réserve un triomphe à l'inventeur. Mais encore chef des aérostiers, il doit
bientôt suivre Bonaparte et l'armée en Egypte pour y installer des ateliers d'où
sortiront des machines pour fabriquer de la poudre, des draps, des sabres, des
lunettes pour les astronomes, des loupes pour les naturalistes et des crayons
pour les dessinateurs. Lui-même réalise de nombreux dessins retraçant
l'évolution industrielle de l'Egypte, qu'il fait graver à l'aide d'une machine
de son invention. Napoléon Ier en dressera ce portrait, «Conté qui était à la
tête des aéronautes, homme universel, ayant le goût, les connaissances et le
génie des arts, précieux dans un pays éloigné, bon à tout, capable de créer les
arts de la France au milieu des déserts de l'Arabie.»
Si l'homme décède en 1805, son oeuvre perdure et
c'est au sein de sa société que vont se regrouper différents fabricants de
plumes et de crayons dont la maison Gilbert & Blanzy-Poure avec son Critérium
(1939), Baignol & Farjon à laquelle on doit la plume Sergent-Major (1881).
En 1979, le baron Bich (groupe Bic) jette son
dévolu sur la société Conté alors convoitée par son concurrent allemand Faber
Castell. Conté affiche un prestigieux palmarès, il est le leader mondial du
portemine, numéro deux mondial du marqueur effaçable à sec (Velleda). La société
maintient la tradition en lançant, en 1993, le crayon Evolution où mine et bois
sont remplacés par des résines de synthèse. Une véritable révolution ! Fini le
cauchemar des mines cassées. Depuis 2004, l'ensemble des articles de dessin et
de coloriage commercialisés jusqu'alors sous la marque Conté le sont désormais
sous les étiquettes Bic et Bic Kids. En revanche, une gamme de produits
Beaux-Arts est toujours vendue sous l'estampille Conté à Paris et le groupe Bic
poursuit la fabrication du crayon de bois à mine graphite.
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